Triste époque ! On tricote toujours midi à quatorze heures, façon rêve belge en express, pour tenter d’expliquer qui est le père. Il faut dire que le sujet passionne les français, que ce soit l’autre jour dans un « Mots Croisés » spécial ou encore sur NRJ version gaudrioles graveleuses, sans oublier dans les diners en ville, chez le coiffeur, au bureau, au café, sur les bancs des Batignolles entre deux poussettes de nurses et deux branlettes. En effet, quand la favorite d’un élu suprême est enceinte et que celle-ci refuse de dire avec qui elle a niqué, l’imagination galope et beaucoup se demandent si le rejeton à venir n’aurait pas été conçu par le suprême lui-même, c’est humain. On ne peut pas empêcher l’esprit de supputer l’hypothèse. Et tant que la favorite ne dira pas la vérité, qu’elle ne trouvera pas un concepteur officiel, respectable, même in-vitro, cette rumeur amplifiera, sera déformée et fera fantasmer tous les citoyens. Chacun y allant de son commentaire, l’un règle de calcul à la main qui, décomptant le calendrier des pompiers, affirme que le bébé aurait été conçu après le divorce, avant la nouvelle chansonnette glamour. L’autre ajoutant avec la ferveur d’un sacristain à confesse qu’il connait bien le médecin qui a vu l’énormité du sceptre qui a besoin d’être souvent satisfait outre le fait qu’il oblige le suprème à marcher en canard.
Faculté de l'esprit humain, la raison permet de fixer sa hauteur des critères de vérité et d'erreur, et là évidemment on déraisonne carrément, mais simplement parce que nos politiques sans ménagement d’une sagesse qu’avaient leurs ainés, se jouent d’une réalité avec la complicité médiatique ravie qu’une grossesse puisse engraisser les ventes.
Et ne croyez pas que cette dérive, celle-là même de la critique d’une raison pure sans version Kant, ne concerne qu’un élu suprême et sa cour. Non dans un autre registre quand un autre élu qui a affiché son homosexualité n’a pas de petit ami officiel, les noms les plus farfelus circulent avec toujours cette même argumentation, cette même démonstration de celui qui connait : « si, si, c’est vrai !… ». Et évidemment l’imagination se met à croire qu’il a une sexualité débridée comme beaucoup d’homos avec nombre de partenaires différents et dès qu’on le voit dans les médias quelqu’un qui semble être proche, l’imagination galope encore pensant qu’ils « couchent ensemble », surtout si l’homme en question rondouillard comme un passif s’est séparé de sa compagne qu’il dénigrait en privé pour la faire échouer dans sa tentative de conquête du pouvoir.
Aussi pour éviter l’hypocrisie d’une déraison et de futurs débats d’une croisade de maux d’une société malade, il est aisé de comprendre pourquoi la raison exige auprès des hommes politiques une clarté sur leur vie privée et que celle-ci s’inscrive dans des règles facilement compréhensibles afin d’éviter que l’esprit se détourne de l’essentiel en allant jouer, lui aussi, les filles de l’air.
mercredi 26 novembre 2008
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